10h10

L'Inde est le berceau de la respiration.

Un pays rempli d'histoires, de sagesses et de paradoxes.

Un pays qui vous change.

Alors quand Léandre m'a proposé, plusieurs mois en arrière, de venir l'assister pour un événement là-bas, je n'ai pas hésité une seule seconde. Et je ne le regretterai jamais.

Car faire partie de ce genre d'aventure est une opportunité rare — et j'ai tellement appris, sur moi comme sur Léandre, que je n'arrive toujours pas à croire que le voyage n'a duré que quatre jours.

Quatre jours qui ont suffi à tout bouleverser.

10h10

Quatre jours sur le sol indien, et deux passés dans l'avion. Autant dire qu'on ne perd pas de temps.

Nous étions comme deux Indiens en ville… la carrure de Léandre ne passait pas inaperçue, et la blancheur de ma peau doublée de longs cheveux blonds nous ont valu plusieurs selfies avec les locaux — et même avec les autorités de l'aéroport.

En quatre jours, l'Inde vous touche.

Vous découvrez la richesse du pays : une nourriture extraordinaire, des personnes sincèrement soucieuses de votre bien-être, des entrepreneurs qui n'ont peur de rien, des femmes qui font avancer leurs affaires avec une force impressionnante, des gens capables de créer un village entier en plein milieu du désert…

Et en même temps, vous voyez l'autre visage : la pauvreté, des enfants qui n'ont rien à manger, des regards qui en disent long sur une vie qu'on ne connaîtra jamais…

L'Inde ne vous laisse pas indifférent. Elle vous secoue, vous émerveille et vous questionne — parfois dans la même minute.

10h10

L'événement qui nous amenait là-bas réunissait 48 chefs d'entreprise indiens pour un atelier de respiration et d'immersion dans le froid.

En Europe, ce genre de session est toujours spectaculaire. On voit des personnes cramper, bouger, pleurer, se tordre dans tous les sens. Il y a tellement de croyances à évacuer, tellement de blocages à libérer. C'est intense, parfois impressionnant, mais à chaque fois libérateur.

En Inde, c'est tout l'inverse.

Les 48 participants étaient calmes, posés. Ils respiraient et se laissaient porter, sans grands gestes, sans forcer. On s’était demandé à la fin avec Léandre si ça leur avait plu… Et pourtant, tous ont été transformés. Une participante nous a même confié qu'elle n'arrive jamais à suivre les respirations et méditations classiques — mais que là, elle avait réussi.

Avoir pu assister à cela, avoir pu guider des Indiens dans une pratique de respiration sur leur propre terre, c'est quelque chose que je n'oublierai pas.

Et j’ai compris que ce n'est pas l'intensité visible qui fait l'impact. Chacun le vit à sa manière. Et tout est parfait comme ça.

10h10

Après la respiration, place au froid. Et là, c'était une autre histoire.

Parmi les participants, une femme nous avait prévenus : elle était allergique au froid. Oui, ça existe. À la moindre brise fraîche, elle développe des plaques sur la peau. Quand elle nous l'a dit, on aurait pu hésiter, lui proposer de ne pas participer. Mais avec les paroles de Léandre en tête, on lui a simplement donné un conseil : y croire et laisser le corps faire. Elle a décidé de tenter l'expérience.

Restait un défi logistique : créer de l'eau glacée sous 40 degrés. On avait bien commandé des glaçons, mais la plupart étaient livrés dans de minuscules sachets. Alors on s'est tous retrouvés à les ouvrir un par un, à les verser dans les bacs, à rigoler ensemble de cette situation improbable. Tout le monde s'est prêté au jeu — participants, organisateurs, équipe locale. C'est aussi ça, l'Inde : on s'adapte, on improvise, et on avance ensemble.

Quand l'eau était enfin prête, c'est un groupe de femmes qui s'est lancé en premier. Elles ont subi un choc au contact du froid, comme tout le monde. On en a attrapé certaines du regard pour les encourager à rester — et elles sont restées. Ensuite, c'était le chaos joyeux : dans l'eau, hors de l'eau, en horse stance… un vrai moulin. Mais ça a fonctionné. Ils ont eu froid, ils se sont réchauffés, et ils ont tous adoré.

Et celle qui était allergique ? Pas une trace d'irritation.

Finalement, le corps a ses raisons que la raison ignore.

10h10

Une fois l'atelier terminé, quelque chose de touchant s'est passé. Les participants ne sont pas partis tout de suite. Ils sont restés, et un par un, ils sont venus voir Léandre pour lui demander conseil — pour des proches, des enfants malades, des situations personnelles. Certains ont même évoqué l'idée de venir en France pour vivre l'expérience en grand.

C'est dans ces moments-là qu'on mesure vraiment la portée de ce qu'on fait. Au-delà de l'atelier, au-delà des techniques, il y a une connexion humaine qui se crée. Une confiance qui s'installe.

Et en repensant à tout ce que j'avais observé ce jour-là, trois choses m'ont profondément marquée chez ces participants.

D'abord, leur humilité. Ils auraient pu nous prendre de haut. Des Occidentaux qui viennent leur apprendre à respirer, sur la terre même où le pranayama est né… c'est le comble, non ? Mais non. Ils se sont laissés porter, curieux, ouverts, sans jugement.

Ensuite, leur courage. Rentrer dans un bain glacé, c'est déjà courageux pour nous qui connaissons l'hiver, le froid, la neige. Eux vivent sous 40 degrés. Le froid, ils ne le connaissent pas. Et pourtant, ils y sont allés sans hésiter.

Et enfin, leur lâcher-prise. Tous étaient des chefs d'entreprise accomplis, habitués à gérer, décider, contrôler. Et pourtant, aucun ne stressait sur l'heure ou la ponctualité. L'atelier devait démarrer à 9h30. Avant 10h15, il n'y avait personne — et cela ne choquait personne. C'était totalement normal. Tout comme le repas prévu à 19h30, où personne n'arrive avant 20h30 pour l'apéritif, et où l'on ne mange pas avant 22h. Un lâcher-prise total. Être dans le moment présent, se laisser porter par ce qui vient.

Une leçon que beaucoup d'entre nous, en Occident, aurions besoin d'apprendre.

10h10

Ce voyage m'a aussi permis de voir Léandre sous un autre jour.

J'ai découvert un homme encore plus passionné et flexible que je ne le pensais. Heureux dans l'instant, transporté par le fait de pouvoir partager en Inde cette méthode qu'il aime tant. Je l'ai déjà vu à l'œuvre en France, avec Wim à Stroe, mais il y avait quelque chose d'unique là-bas.

Comme un homme en mission, porté par quelque chose de plus grand que lui.

Et moi ? J'ai compris que faire partie de quelque chose qui me dépasse peut m’émouvoir autant que de le vivre moi-même. Pendant la respiration, j'ai ressenti l'énergie du groupe me traverser — cette sensation de recevoir autant qu'on donne, d'être à la fois témoin et partie prenante. Des fourmis dans tout mon corps, une vibration diffuse, comme si mon corps savait avant moi que j'étais exactement là où je devais être.

10h10

Et pourtant, tout ce voyage a failli ne pas se faire. Ça s'est joué à sept minutes — et à une intention près.

À 48 heures du départ, Léandre se rappelle qu'il faut un visa. Je reçois le mien sous 24 heures. Le sien est refusé : pendant sa demande, il répond au téléphone et oublie d'inclure une photo. À 24 heures du vol, il refait une demande et croise les doigts.

Arrivés à l'aéroport trois heures en avance, on veut déposer la valise. On nous demande les visas. On explique la situation. On nous dit d'attendre.

Léandre écrit à son contact en Inde. On fait ce qu'on peut, mais personne ne nous garantit rien.

À 9h30, Léandre me dit : « Tu verras, à 10h10 je l'aurai. »

Il rafraîchit ses emails. Je rafraîchis la page de vérification sur mon ordinateur. Les minutes passent.

À 10h09, rien.

À 10h10, pour la blague, je rafraîchis une dernière fois.

Je n'en crois pas mes yeux : le statut affiche « VALIDE ». Lui n'a toujours pas reçu la notification — mais peu importe. J'arrive à récupérer son visa, on l'imprime dans la pharmacie de l'aéroport, et on fonce.

L'agent nous dit : « Sept minutes de plus, ça ne passait pas. »

Mais c'est passé.

Léandre reçoit la notification à 13h seulement. Si on n'avait pas été deux, on aurait raté notre vol.

Et si Léandre n'avait pas posé cette intention à voix haute — « à 10h10 je l'aurai » — est-ce que ça se serait passé exactement comme ça ? Peut-être. Peut-être pas.

Ce que je sais encore plus maintenant, c'est que les mots ont un pouvoir.

Parfois, il suffit de dire les choses pour qu'elles commencent à exister.

Cette expérience m'a fait prendre conscience à quel point ce qu'on verbalise nous impacte — dans un sens comme dans l'autre. Les mots positifs, les intentions claires, peuvent ouvrir des portes qu'on croyait fermées.

Mais l'inverse est tout aussi vrai. Les mots négatifs, les doutes qu'on exprime, les "je n'y arriverai jamais", les "c'est foutu"… tout cela façonne aussi notre réalité.

Ce jour-là, Léandre aurait pu dire "on ne l'aura jamais à temps".

Il a choisi de dire autre chose. Et peut-être que c'est ça qui a fait la différence…

10h10

Ce n'est que plus tard que j'ai cherché la signification de cette heure miroir.

10h10 est liée à un nouveau départ, à la confiance en soi, au développement personnel. Elle indique qu'il faut saisir les opportunités et avancer avec assurance.

L'Inde aurait-elle été le début de quelque chose ? Sûrement.

Pendant ce voyage, j'ai pris la décision de suivre la formation d'instructeur de la méthode Wim Hof, avant de partir en Thaïlande pour une nouvelle vie de nomade digitale.

Et Léandre ? Je l'ai vu différent là-bas. Comme si l'Inde avait confirmé quelque chose qu'il savait déjà. Ce voyage a semé des graines pour lui aussi, et de grandes choses se préparent pour le Centre Wim Hof France. On vous en dit plus dans quelques semaines.

10h10

Quand j'y repense, tout ce voyage tient dans cette heure miroir. 10h10.

Le moment où tout aurait pu s'arrêter. Le moment où tout a vraiment commencé.

L'Inde m'a appris que la transformation ne fait pas toujours de bruit. Qu'on peut trembler de l'intérieur sans que personne ne le voie. Qu'un bain glacé sous 40 degrés peut guérir une allergie au froid. Que 48 chefs d'entreprise peuvent lâcher prise sur l'heure d'un repas. Et qu'un visa peut arriver à la minute exacte où on l'a appelé.

Je suis partie en Inde pour assister Léandre. Je suis revenue avec une décision : devenir instructrice. Avec une direction : une vie de nomade pour lâcher-prise de ma rigidité.

Et avec une certitude : les mots qu'on prononce dessinent le chemin devant nous.

10h10, c'était peut-être un hasard. Ou peut-être que c'était exactement ce que ça devait être — un rappel que quand on pose une intention claire, quand on choisit de croire plutôt que de douter, l'univers a une drôle de façon de répondre.

À la minute près.

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Acapella : Wim, merci d'avoir vu celle que je devenais